André Utter

André Utter ( Paris, 1886 - Paris, 1948)


1886-1908: une vocation de peintre
20 mars 1886: naissance d’André Utter à Paris au pied de la Butte Montmartre dans une famille modeste d’artisan originaire d’Alsace. Son père, Aloïse Utter est plombier-zingueur et avec son épouse Eugénie Fischer, il va élever trois enfants, dont deux filles, Germaine et Gabrielle. Après 1890: Utter suit les cours de l’école primaire et a comme condisciple dès la maternelle Edmond Heuzé, fils d’un artisan tailleur. D’après Crespelle, vers 11 ans ses parents lui achètent «pour ses étrennes une boîte de peinture » qu’il partage avec son ami Heuzé, peignant sur le motif en s’inspirant de l’exemple des rapins rencontrés sur la Butte. Autodidacte, intelligent et observateur, Utter vit dans un milieu exceptionnel, puisqu’à l’aube du XXe siècle, la Butte Montmartre est devenue le laboratoire mondialement reconnu de l’art vivant. Il aime écouter, parler, se cultiver. Très tôt, il visite des musées. Il fréquente non seulement le fameux Lapin Agile, rendez-vous de l’avant-garde, mais aussi le Bateau-Lavoir de Picasso et de ses compagnons poètes et peintres, Max Jacob, Salmon, Apollinaire, Derain, Coquiot, Warnod... Beaucoup de ces artistes deviendront des amis qu’il conservera sa vie durant. Il rencontre Utrillo et deviendra son ami.
 
1906-1908: Modigliani, Utrillo, Valadon
Utter est réformé temporaire en 1906, conséquence probable d’une vie trop dissipée à Montmartre. Envoyé en 1906-1907 se reposer chez ses grands-parents dans un pavillon de la Butte Pinson, il retrouve par hasard Utrillo qu’il ramène ivre chez sa mère, faisant ainsi la connaissance de Suzanne Valadon, épouse de Paul Mousis. En 1907-1908 Modigliani et Utter deviennent des amis intimes. Warnod cite des fêtes mémorables rue du Delta, fin 1908. Utter qui a définitivement abandonné l’atelier de son père travaille un temps, ouvrier en cotte bleue, à la Centrale électrique Trudaine, illuminant la Butte.
 
1909-1913: rencontre décisive avec Valadon, l’atelier du 12 rue Cortot
1909-1910: Utter devient l’amant de Suzanne Valadon, de 21 ans son aînée. Elle divorce en 1910 et habite 5 impasse de Guelma. Severini fait le portrait d’Utter, tandis que Valadon le représente dans plusieurs toiles importantes. Utter a une influence bénéfique sur sa compagne qu’il encourage à peindre de grandes compositions, tandis que lui réalise des œuvres de qualité, dont le Portrait d’Utrillo de 1910 du Musée national d’art moderne. En 1911 André Utter, Suzanne, accompagnée de sa mère Madeleine et d’Utrillo rejoignent le 12 rue Cortot. Vers 1912 Utter est remarqué par Coquiot qui achète ses œuvres et le recommande à ses amis, dont Zamaron. 1912 : A la suite de la cure d’Utrillo à Sannois, Utter et sa famille partent se reposer et peindre à l’île d’Ouessant en août-septembre. 1913 : Apollinaire le cite dans sa chronique du Salon des Indépendants publiée dans Montjoie du 18 mars : « Utter envoie Trois Grâces d’un réalisme très poussé ; talent qui se développe ». À la fin de l’été et au début de l’automne 1913, le trio gagne la Corse et séjourne quelques mois à Corte et Belgodère, avec leur ami Chaudois. Utter peint des paysages, dont Le Pont dans la campagne et le Portrait de Valadon se coiffant conservé au Petit Palais de Genève ainsi que son Autoportrait du musée de Sannois (circa 1913).
 
1914-1918: la guerre et la découverte des paysages du Beaujolais
 1er septembre 1914: Utter épouse Suzanne Valadon. Le 30 septembre, il s’engage et rejoint son régiment. Son activité picturale se réduit forcément, sauf à l’occasion de quelques permissions, comme en 1916 où il peint un Arlequin et pendant sa longue convalescence à la suite d’une grave blessure en 1917. Sa femme le rejoint alors et ils découvrent les paysages du Beaujolais. Le Nu daté 1917 est sans doute posé par Valadon. De cette époque daterait leur amitié avec la famille Pré qui a une propriété viticole près d’Anse. En mai 1917, exposition « Utrillo, Valadon, Utter» chez Bernheim-Jeune.

1919-1922: intense activité picturale au 12 rue Cortot
Utter se remet à peindre sur fond de querelles avec Suzanne et d’excentricités de Maurice (d’où la légende de la « Trinité Maudite ») tout en se faisant le «manager» de ses deux compagnons, les défendant efficacement auprès des marchands. Il assume le rôle de chef de famille à l’égard d’Utrillo, sur la demande expresse de Valadon. Vers 1919 il peint, entre autres, La maison dans les arbres, rue Cortot, ainsi que Nature morte à la coupe de fruits à l’éclatante palette valadonienne. Avec les grandes natures mortes des années 20, plus complexes, il évolue vers une écriture personnelle et une palette nouvelle. Nature morte au vase de fleurs exposée en 1920 chez Léonce Rosenberg, Galerie de l’Effort Moderne. Nature morte aux moules à gâteaux exposée au musée de l’Ain en 1965. La Maison du vigneron peinte en Beaujolais en 1921 s’inscrit dans cette évolution annonçant la palette de Saint-Bernard. Période féconde pour Utter qui expose également avec Utrillo et Valadon chez Berthe Weill en 1921. La galerie Dalpayrat de Limoges expose le trio en 1922. Le trio voyage au printemps 1921 dans le Beaujolais chez les Pré, ainsi qu’à Genêt en Normandie en 1922.
 
1923-1935: de Saint-Bernard à la dislocation du trio
1923 : les trois peintres partent en vacances avec leurs amis, les Kars, à Ségalas dans les Pyrénées. Fin 1923: achat par Utter d’un château en ruine près de Belleville-sur-Saône, à Saint-Bernard. Le trio y séjournera régulièrement, au moins jusqu’en 1932, date à laquelle Valadon cessera de s’y rendre. Trois ateliers sont créés et les réceptions se succèdent tandis que les disputes entre Valadon et Utter s’amplifient. Entre 1925 et 1929, il réalise natures mortes et paysages les plus caractéristiques de sa manière: 1925, Nature morte au broc, Le chemin de ronde du château de Saint-Bernard, 1926, Le château de Saint-Bernard. En 1925, il a illustré Théâtre à lire d’Oscar Wilde, édité chez Delpeuch, Paris. Utter alterne les séjours à Saint-Bernard et à Paris. Il a gardé l’atelier 12 rue Cortot lorsque Valadon et Utrillo emménagent en 1926 dans la maison achetée par Maurice, avenue Junot, suite au contrat passé avec la galerie Bernheim. Utter anime sans cesse des réunions’d’artistes à Montmartre. Il expose au Salon des Indépendants en 1926 Nature morte à la guitare. En 1928, il peint son Nu à la serviette. La galerie Brummer lui organise une exposition personnelle en 1929 à Paris. On trouve aussi 10 de ses œuvres accompagnées de 19 Valadon et 9 Utrillo à New-York, à la Demotte Gallery, en décembre 1930-janvier 1931 (collection Zamaron). À Genève, la galerie Moos présente en 1932 une sélection d’œuvres du trio. A partir de 1933, les relations entre Utter et Valadon sont très conflictuelles et 1 Autoportrait d’André en 1935 traduit bien son angoisse. Il assiste au mariage d’Utrillo et de Lucie Valore.
 
1936-1948: les années difficiles
Utter et Valadon ne cesseront pas de se revoir, à Paris, jusqu’à la mort soudaine de Suzanne, le 6 avril 1938. Utter rassemble des notes sur sa femme pour écrire une biographie, notes jamais éditées mais conservées au Centre Pompidou. Il publie le 28 octobre 1938 un article La carrière de Maurice Utrillo dans la revue Beaux-Arts. Pour vivre, Utter continue de peindre des portraits mondains, des natures mortes et des paysages. En 1943, il vend Saint-Bernard, donne ses toiles ou dessins à des amis et retourne 12 rue Cortot. Sortant du Lapin Agile, Utter prend froid et meurt d’une pneumonie à 62 ans, le 7 février 1948. Dorgelès prononce le discours funèbre. Utter repose auprès de sa femme au cimetière de Saint-Ouen. Sa dernière toile, Autoportrait (inachevé) conservé au musée de Bourg-en-Bresse, traduit comme celui de 1935 le désenchantement d’un peintre doué que la vie n’aura pas épargné, sous le masque du bon vivant qui aimait tellement le Lapin Agile.
La biographie d’A. Utter a été rédigée par Maryse Maréchal.
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